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21 Jun

plus loin encore des champs

Publié par Raphaële Bruyère

 

 

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Dans le sens de la marche, un paysage, puis un autre, longtemps le même, insensiblement différent. Des zones d'abord, disons des zones, des lieux conçus pour être traversés sans laisser prise. Certaines personnes sont de ces paysages fuyants et désolés. Que l'on voudrait croire en mouvement et qui ne bougent pas.  

Des zones. Captés parfois par un regard qui se lève du smartphone ou de l'ordinateur portable. Un regard absent qui n'a ni la capacité, ni le désir de voir et qui dans une correspondance d'ombre et de lumière surprend quelques mèches de cheveux, son propre regard à la fois étonné et certain d'être là. Happé par ce regard transparent et fixe. Plus loin encore, des champs.

A travers la vitre, Agnès photographie avec son petit appareil amateur Canon. Elle braque l'objectif contre la vitre et appuie sur le déclencheur lorsque son regard surprend cette sorte de beauté inexpérimentée, cette solitude de paysage. Même lorsque des hommes parfois laissent des traces, une maison, un hangar, une voiture, une route, des poteaux, des fils électriques, des champs de colza, une silhouette, elle remarque cette solitude des paysages. Elle appuie sur une impulsion et l'appareil photographie quelque chose, autre chose, le déclic lambin. Elle découvrira plus tard ce que le hasard du retardement a pris au lieu de ce qu'elle a vu. Elle découvrira au-delà de ce qu'elle imaginait. Elle découvrira une image sans certitude. Comme la vie, se dit-elle.

Lorsqu'elle peut arrêter le mouvement de sa marche, elle photographie encore la réalité d’un paysage incertain, l'absence de quelque chose dans ce qu’elle voit. Une présence qui la touche. Quelque chose s'est passé ou ne s'est pas passé. Quelque chose ne se passera pas. Quelque chose erre. De cette errance dans le paysage, Agnès aime l'épure de ce qui est simplement là.

Elle lève les yeux face au couple qui en face d'elle se dispute la plus grande part de tarte au citron. Ils s'en mettent plein les doigts. Ils les lèchent. Ils sourient fort. Elle leur rend un sourire qu'ils ne lui adressent pas.

Elle tourne la tête et reprend sa position dans le paysage.

 

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M

superbement écrit !
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R


Oh ! Merci beaucoup.



E

je ne peux exprimer, j'aime tellement !


et puis je ne sais écrire.
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