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07 Dec

Strueux (atelier n°2)

Publié par Raph à ailes

Pieds-sable.jpgStrueux est dans les parages, Strueux a beau jeu d'être là sans y être, il ne cherche pas à se faire une place, il l'a tient. On ne le voit pourtant pas si souvent, non pas qu'il soit frileux ou peureux mais il se réserve. Il est très réservé. Il a beaucoup de réserve et finalement beaucoup de réserves et se réserve infiniment. Strueux a d'autres chats à fouetter.  Il n'a pas son pareil pour fouetter. Il fouette ainsi partout où il se trouve. Sans violence physique aucune, il fouette à tout va et sans chercher à mal. Ne nous y trompons pas. Strueux fouette avec délicatesse.

Strueux ne pose pas de questions dérangeantes, il ne pose pas de question et globalement, il ne pose pas grand chose, ni n'en impose vraiment. A première vue. Mais les premières vues sont courtes. C'est à deuxième vue que le mal est fait, que le mal est vu, que le mal en impose.

Qu'importe, je ne le vois pas si souvent et je ne souhaite pas le voir souvent et pourtant nous nous voyons régulièrement.
Sous son air flegme et réservé, Strueux est gluant. Il s'insinue et insinue. Je m'englue à petites doses dosées depuis longtemps maintenant régulièrement. D'une régularité toute irrégulière, quasiment frontalière, une régularité à la limite.

Mais voici même que parfois, nous nous convions. C'est plus fort que nous. Je le convie, il me convie et nous nous convions. Nous sommes alors bien obligés d'être en présence l'un de l'autre, nous sommes bien obligés de nous voir et
peut-être même de nous rencontrer. Je dirais aussi qu'il peut arriver de ne pas nous convier et de nous trouver néanmoins nez à nez. Alors, nous allons nous asseoir quelque part et quelque part nous nous asseyons et nous nous entendons et nous nous écoutons ne rien dire. Je dirais encore que si le temps passe sans que nous nous convions et sans que nous nous trouvions nez à nez, je dirais que je pense à le convier et de plus en plus à le convier. Si ce temps-là passe, je m'inquiète que Strueux ne me convie pas, je m'interroge sur le fait qu'il ne me convie pas et que je ne le convie pas et alors, je n'attends plus longtemps avant de le convier s'il ne l'a pas déjà fait. Et ainsi, l'un des deux, toujours l'un des deux convie l'autre et nous allons nous asseoir quelque part. Nous ne nous asseyons pas face à face, nous ne nous asseyons jamais face à face mais côte à côte.

C'est seulement à ce moment que je sens que Strueux me dérange et qu'il me bouscule et qu'il me glue. Nous faisons colle et je suis bousculée et je suis poussée dans mes retranchements.
Non pas que je me retranche, ni que je perde les pédales, je les retrouve au contraire. Je retrouve mes pédales mais ça ne fait pas mon affaire, ça ne fait pas l'affaire et ça tourne rond, ça tourne en rond, ça tourne court et ça courte échelle. Nous ne voyons rien par dessus bord, l'un aidé de l'autre, nous ne voyons rien par dessus bord. Sa présence réservée est réservante, elle est déséquilibrante de redonner le nord, de sortir de la brume où nous avançons à vue et à tire d'ailes. Chaque fois que nous sommes en présence l'un de l'autre, je déséquilibre de retrouver mes pédales.

Parfois, je m'agace de le trouver et de le retrouver et de me retrouver et Strueux peut m'agacer bien des fois de me retrouver. Pas seulement à cause de sa façon de regarder ailleurs, pas seulement parce qu'il s'ébouriffe les cheveux pour brouiller son début de calvitie, pas seulement par ses silences délicats. Et toutes ses insupportables délicatesses. Il m'agace de montrer de l'inconfort avec lui-même. Son inconfort m'inconforte et me conforte dans l'idée de n'en avoir aucune.

Et je le quitte réconfortée de l'avoir quitté. Face à lui, je n'en mène pas large alors il peut bien m'arriver de prendre le large et je ne connais pas grand monde qui m'en ferait le reproche. Mais je n'arrive jamais, je n'arrive réellement jamais à m'éloigner trop loin ni trop longtemps. Il ne peut s'empêcher de revenir vers moi et je ne peux m'empêcher de revenir vers lui. Même si ça fait un peu mal, même si ça risque d'être immanquablement très légèrement douloureux, on ne s'en empêche pas. Nous sommes liées par pointillés, nous sommes liées par son inconfort que je réconforte, que je réconforte tant bien que mal. Nous sommes liés tant bien que mal par la nécessité que j'ai de son inconfort. J'ai absolument besoin de vérifier son inconfort de temps en temps, disons régulièrement peu souvent.

J'ai absolument besoin de le détester mais avec délicatesse et je ne peux m'empêcher de l'aimer bien. Il est mon Strueux.


(texte en cours)

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B
J'aime beaucoup votre assemblage de mots madame ailes.
Des mots qui me font penser à des singes sautant d'une branche à l'autre et qui savent aussi plonger dans cet abîme qui est le fondement de l'existence. Je pense, parfois, en vous lisant à cette définition de l'âme qu'en donne Musil :" Cette moitié perpétuellement manquante, même si chaque chose forme un tout".
Je vous embrasse et vous remercie de m'avoir dirigé un peu plus près de chez vous.
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A
J'aime Strueux. Je me demande s'il pourrait aller chez les Rustines, Strueux et peut-être aussi générer d'autres envies Strueuses... à voir donc avec les aut'Stines.
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